• Dr Julien Drouart

Mémorial de Sachsenhausen : sur le site d'un ancien camp de concentration

Dernière mise à jour : 1 sept.


Sachsenhausen fut un camp de concentration puis un camp spécial.
Un lieu où les mémoires se superposent

Le Mémorial de Sachsenhausen se situe sur les sites de l'ancien camp de concentration hitlérien et de l'ancien camp spécial soviétique. Les thématiques sont dures et une visite ne se décide pas à la légère. Accompagnez-moi lors d'une visite guidée du mémorial !

Le Mémorial de Sachsenhausen mérite votre attention.

Le système concentrationnaire n'était pas aux marges du régime hitlérien mais bien l'un de ses éléments fondateurs. Les camps de la première génération (1933-1935) furent progressivement remplacés par des ensembles nouveaux, conçus pour être instruments de destruction physique et psychologique. Au centre de cette nouvelle constellation, le camp de Sachsenhausen servit pour la SS de lieu expérimental. Entre 1936 et 1945, plus de 200.000 déportés de l'Europe entière y transitent.


A la libération, les Soviétiques transforment l'ancien camp de concentration en camp spécial. Le site sert à l'internement des opposants politiques. On y retrouve autant des fascistes que des démocrates ou simplement des réfractaires aux soviétiques. Dans les années 1960, la RDA inaugure un premier mémorial, celui de l'antifascisme. L'ensemble est remodelé après la Réunification allemande. On y honore désormais autant les victimes du national-socialisme que celles de l'occupation soviétique.

Un patrimoine obscur prisonnier des enjeux touristiques

Le site conservé est gigantesque et fait rapidement prendre conscience de l'ampleur du drame qui s'est déroulé en ces lieux. Très peu de bâtiments d'époque ont été conservés. Cependant, un intelligent marquage au sol permet de bien se représenter la configuration d'alors. Certains espaces ont été en revanche reconstitués pour les besoins du Mémorial de Sachsenhausen, qui est également et en partie un musée.


Chaque bâtiment librement accessible accueille une exposition consacrée à une thématique spécifique. L'antisémitisme est abordé dans la Baraque 38. Plus loin, les expérimentations médicales prennent place dans l'une des baraques du Revier. Le personnel SS sera étudié dans la maison du commandant du camp. Si certaines redites sont inévitables, l'ensemble s'avère riche en informations. La possibilité pour le visiteur de s'approprier la mémoire en visitant librement les bâtiments rend l'expérience étrangement ludique.


A côtés de quelques mises en scène douteuses et assez regrettables, on déplore la mainmise de compagnies touristiques qui font du Mémorial de Sachsenhausen une destination privilégiée. Néanmoins, cela souligne une externalisation des impératifs d'éducation à des acteurs tiers. Cette fuite pédagogique est un choix et non une fatalité liée au développement du tourisme. A titre de comparaison seulement, le Mémorial de la Prison de la Stasi a choisi une orientation opposée. Là-bas, seuls les groupes dirigés par ses équipes pédagogiques ont accès aux lieux d'origine. Un contrôle et un accompagnement systématique, au nom du devoir d'éducation.

Une visite guidée est nécessaire

Difficile d'accès depuis Berlin, la visite du Mémorial de Sachsenhausen demande un investissement en temps, et ce temps est nécessaire. Il est important de s'approprier les lieux et les découvrir sans se presser. L'aménagement du site et le concept d'une exposition décentralisée invitent le visiteur à prendre l'initiative. Celui-ci est amené à se responsabiliser.


Cependant, l'envie d'apprendre et de comprendre se heurte à plusieurs obstacles. Déjà, on note un audioguide trop complet. Ensuite, on ne trouve aucun interlocuteur qualifié sur l'ensemble du site. Enfin, de nombreuses informations sont absentes. Un accompagnement pédagogique est donc impératif. Un guide-conférencier parviendra à maximiser le parcours et à faire ressentir l'intensité du site. En outre, il permettra de saisir le sens du travail de mémoire entrepris en Allemagne.

Atouts

  • La possibilité de découvrir par soi-même et d'entrer dans certains bâtiments

  • La surprenante collusion des mémoires des victimes de deux régimes distincts

  • Le gigantisme du site et sa mise en perspective

Limites

  • Peu d'informations sur l'authenticité ou non des bâtis

  • L'indécente cohue provoquée en certaines occasions

  • Très mauvaises connections en bus depuis la gare (un par heure)

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