• Dr Julien Drouart

Topographie de la Terreur : l'Allemagne hitlérienne en photo

Dernière mise à jour : 8 janv.


La Topographie de la Terreur évoque les années du 3e Reich.
Une exposition permanente sobre et riche en photographies.

La Topographie de la Terreur est un centre de documentation sur l'histoire de l'Allemagne hitlérienne. Essentiellement informatif, une visite demande de l'attention et du temps.


Une visite à la Topographie de la Terreur est facultative.


En 2010, Berlin inaugure sobrement un centre de documentation sur l’histoire du Troisième Reich. L'accent est mis sur les politiques discriminatoires, l’organisation de la terreur et les crimes de masse provoqués et perpétrés par le régime hitlérien.


L’espace désigné est hautement symbolique. Le centre se situe à l’emplacement de l’ancien Office central de sûreté du Reich. Sous la direction de Reinhard Heydrich et Ernst Kaltenbrunner, les lieux étaient devenus le centre névralgique de l’organisation de la terreur national-socialiste en Allemagne puis pour l'Europe toute entière.


Les bâtiments d’origine n’existent désormais plus. Fortement endommagés pendant la guerre, leurs ruines avaient été laissées à l’abandon avant d’être rasées. Des fouilles archéologiques entreprises dans les années 1980 par des universitaires ont conduit à la redécouverte des vestiges du bâtiment principal. On retrouve notamment les restes des cellules où les prisonniers étaient torturés par la Gestapo, la police politique d’alors. Pendant la Guerre Froide, la ligne de démarcation entre Est et Ouest passait directement devant les terrains. Ce patrimoine, alors situé au bout du monde, avait été tout simplement oublié sinon ignoré par Berlin-Ouest. Un long pan du Mur surplombe d’ailleurs toujours l’ensemble.


Il serait un raccourci de considérer l'endroit comme un simple centre d’études et de recherches sur le régime nazi et ses crimes. L’Allemagne entame ici un énorme travail d’introspection. Elle pousse ainsi à l’éducation politique et à la promotion du système démocratique. Le fait d’installer la Topographie de la Terreur à Berlin, ancienne capitale du Reich et ville emblématique de la Guerre Froide, s’inscrit dans le processus entamé par la Réunification. Il marque la volonté des Allemands non pas de tourner la page une fois pour toutes mais bien de faire face à leur passé.


Sobriété, exhaustivité et excellente muséographie


L’espace se compose de trois ensembles aux fonctions et aux formes différentes. Le nouveau bâtiment accueille l’exposition permanente dans un cadre moderne et aéré. A l’aide d’une très riche iconographie, sont retracés les événements tragiques du Troisième Reich depuis l’accession des Nazis au pouvoir jusqu’aux procès d’après-guerre. La muséographie adopte un parcours à la fois chronologique et thématique. On choisit de porter l’accent sur la responsabilité personnelle de l’assassin et du criminel, en privilégiant la perspective du bourreau plutôt que celle de la victime.


En parallèle, les questions organisationnelles permettent de tracer les lignes d’une responsabilité plus collective. L’épilogue traite des ramifications d’anciens nazis et de la querelle des historiens quant aux motivations du régime. Tout ceci permet une mise en perspective plus large et interroge sur le rapport qu’entretiennent les Allemands avec leur passé. On regrettera peut-être la maigreur et quelques facilités d’écriture concernant la partie de l’exposition portant sur les régimes collaborationnistes en Europe.


Un deuxième ensemble se trouve en extérieur, au niveau des vestiges archéologiques. Un chemin de ronde en contrebas passe devant les anciennes cellules de torture. Chaque année, des expositions temporaires sont présentées au public. Les thèmes spécifiques suivent en partie les dates du calendrier historique (2018 : les pogroms antisémites de 1938 ; 2015 : la fin de la guerre en 1945 ; etc.).


Enfin, une vaste partie en extérieur compose le dernier ensemble. Un long chemin traverse les terrains du centre. Ces « jardins » sont recouverts de ballast du genre de celui que l’on trouve sur les voies ferroviaires. Une marche solitaire à travers la désolation, parsemée de quelques panneaux explicatifs sur l’emplacement originel des bâtiments du complexe. Un moment de réflexion personnelle. A la croisée des chemins, un arbrisseau sort de terre.


Un centre de documentation n’est pas un musée


Il est des pans de l’histoire qui par leur ampleur et leurs répercussions deviennent universels. Parfois même, ils posent un point de rupture dans l’évolution des sociétés. C’est le cas avec l’expérience national-socialiste sur laquelle le monde occidental a dû apprendre à se reconstruire. Aussi cette histoire-là ne doit pas rester l’apanage des seuls Allemands car elle appartient à tous. Elle doit être étudiée, enseignée et entretenue. Il s'agit d'aider à l’éducation des citoyens d’aujourd’hui et de demain.


Néanmoins, il est pertinent de mettre en garde contre l’accaparation culturelle et économique. La Topographie de la Terreur n’est pas un musée d’histoire sur le national-socialisme. L'endroit n’a pas vocation à le devenir. Il n'y a pas de curiosités à photographier. Aucun objet, ni artefact n’est présenté au public. Par ailleurs, la majorité des photographies exposées est disponible sur les sites en ligne, dans les manuels scolaires et les livres d’histoire.


Une visite ne s’impose pas nécessairement à celui qui souhaiterait au choix maximiser son séjour de vacances ou satisfaire une curiosité quelque peu voyeuriste et même clichée. La Topographie de la Terreur ne doit pas devenir un lieu du tourisme obscur. Elle reste un lieu d’études et d’éducation civique, comme l’indiquent la présence en sous-sol du bâtiment d’une remarquable bibliothèque et celle tout aussi remarquable de groupes scolaires.


Par conséquent, l’une des principales plus-values sera apportée par les guides-conférenciers lors d’une visite qu’il faudra réserver en ligne. Le visiteur autodidacte quant à lui serait bien avisé de se donner le temps suffisant pour réfléchir une fois sur place à ce passé qui lui appartient également.


Atouts

  • Une iconographie exhaustive et de qualité

  • La force symbolique des espaces

  • La question des bourreaux mise en perspective

Limites

  • L’absence totale d’interlocuteurs sur place

  • L’afflux toujours plus grand de touristes en périodes de fêtes

  • Des explications disponibles uniquement en allemand et en anglais

Pour aller plus loin

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