• Dr Julien Drouart

Mémorial de la Prison de la Stasi : une plongée dans l'horreur psychologique

Dernière mise à jour : 1 oct.


A Hohenschönhausen, la Stasi fabriquait des opposants politiques pour les vendre ensuite.
Une plongée dans l'horreur psychologique

Le Mémorial de la Prison de la Stasi offre un cadre authentique effrayant : celui d'une ancienne prison politique au temps de la RDA. Accessible uniquement en visite guidée, le lieu promet une expérience intense et réflective. Accompagnez-moi lors d'une visite guidée du mémorial !


Le Mémorial de la Prison de la Stasi est incontournable.


La Seconde Guerre mondiale se termine en Europe en mai 1945. Aux libérateurs alliés et soviétiques revient la charge d'arrêter et de juger les criminels du régime hitlérien. Dans la zone d'occupation soviétique, un réseau de camps de prisonniers de guerre est mis en place. Très rapidement, l'administration militaire est remplacée par une autre, peut-être plus retors, celle de la police politique, la NKWD. En 1951, l'autorité de l'ancien camp spécial n°3 est déléguée au nouvel État est-allemand, sous la conduite de la Stasi.


La police politique utilise les lieux d'origine et les perfectionne au fil du temps. Elle fait édifier des bâtiments nouveaux, pour faire de ce quartier à Hohenschönhausen une zone de restriction. Cette zone interdite d'accès n'aura d'ailleurs pas d'existence officielle. Initialement consacrée à l'enfermement des opposants politiques, la prison devient à partir des années 1960 l'endroit où étaient internés ceux ou celles qui seraient susceptibles de le devenir. Avant que ces derniers aient peut-être la chance d'être rachetés par l'Allemagne de l'Ouest. Plus de 40.000 personnes y transitent jusqu'en décembre 1989.


Abandonnée en 1990, l'ancienne prison est devenue un lieu de mémoire et son personnel d'accompagnement en partie composé d'anciens prisonniers.


Une plongée dans la déshumanisation


Situé aux confins d'un quartier de l'ancien Berlin-Est, le Mémorial de la Prison de la Stasi se trouve dans les lieux d'origine et préservés de toute destruction. La morosité sinistre se dégageant des bâtiments et de la configuration du site crée un sentiment d'oppression. Deux ensembles se font face et se complètent. D'une part, la première prison se limite aux sous-sols d'un ancien réfectoire aménagés en cellules d'enfermement. Le confinement d'alors y était des plus rudimentaires qu'il soit. D'autre part, la seconde prison, ouverte peu avant le début de la construction du Mur de Berlin, propose un ensemble haute-sécurité. Le prisonnier subissait une privation sensorielle quotidienne et systématique.


La dureté de l'enfermement laisse donc place d'une décennie à une autre à une destruction psychologique terrifiante. Le visiteur suit le parcours d'un prisonnier, depuis son arrivée au garage jusqu'à sa cellule d'isolement. La traversée des salles d'interrogatoires "politiques" fait prendre conscience de la nature même de cette prison qui n'était pas une prison ordinaire. La chute est inexorable jusqu'aux édifiantes cellules de promenade.


Une visite guidée s'impose


Le Mémorial de la Prison de la Stasi ne peut être visité qu'en compagnie d'un guide-conférencier issu des équipes pédagogiques. En revanche, un centre de documentation peut se découvrir en libre accès. Cette rigueur et cette inflexibilité sont garantes d'un discours adulte et formateur. Ainsi les travers d'une industrie touristique en quête d'émotions fortes peuvent être évités. Chaque jour, des visites guidées en allemand et en anglais sont proposées à un prix très démocratique.


Les lieux d'origine ont été conservés et les traverser relève d'une intense introspection. Les questionnements portant sur la nature humaine ne manqueront pas. Ils mettront également en lumière que bien loin des considérations idéologiques, la prison servait de plateforme pour la revente des prisonniers afin d'enrichir l’État est-allemand. Édifiant et bouleversant. Personne n'aura alors la prétention de visiter les lieux en compagnie de jeunes enfants.


Atouts

  • L'excellente préservation du site et des bâtiments

  • L'obligation d'être accompagné au nom du devoir d'éducation

  • Une mise en perspective allant au-delà du cadre historique

  • La présence d'un centre de documentation libre d'accès et complémentaire

Limites

  • L'absence de visite publique en français

  • La cohue parfois provoquée par l'accumulation des groupes

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