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  • Photo du rédacteurDr Julien Drouart

Bunker d'Adolf Hitler : la nécessité de l'oubli

Dernière mise à jour : 31 oct. 2023


Bunker d'Adolf Hitler : la nécessité de l'oubli

Le bunker d'Adolf Hitler n'existe plus. Pourtant, les touristes continuent à le chercher. Berlin ne sait plus où donner de la tête. Il est inutile de se rendre sur le site pour l'oubli.


Une visite à l'emplacement du bunker d'Adolf Hitler est superflue


Adolf Hitler est une figure honnie de l’histoire. Il est le principal responsable des crimes commis sous le régime national-socialiste et de la domination sur la majeure partie du continent européen. Il est responsable de l’extermination des Juifs d’Europe, de la mise en œuvre du plan général de l’Est, de l’élimination systématique de toute opposition et du meurtre massif sous couvert d’un racisme absolu. Son idéologie ne peut être dissociée de son application, car les principes édictés par Hitler étaient intrinsèquement criminels et génocidaires.


Cela peut sembler un lieu commun de résumer sommairement les crimes du national-socialisme. Cependant, un tel préambule s'avère nécessaire. Il est essentiel de rappeler certains faits historiques, car ils ne doivent pas être raccourcis. Les crimes ne sont pas à relativiser et Adolf Hitler et ses complices ne bénéficient d'aucune circonstance atténuante. Avec ce cadre posé, évoquons l'héritage mémoriel effroyable que le dirigeant allemand a laissé à la ville de Berlin.


Un souvenir indélébile


Berlin est une ville d'art et d'histoire qui offre aux visiteurs certains circuits privilégiés que l'industrie touristique n'hésite pas à valoriser. Son histoire est celle du 20e siècle et de ses drames. La ville a endossé tour à tour plusieurs statuts : capitale du Troisième Reich, symbole de la Guerre Froide, représentation de la chute et de la mort du communisme. Bien que les deux derniers phénomènes soient plus récents, ils sont également très localisés dans l'espace. D'une certaine manière, ils manquent peut-être de proximité ou d’accessibilité dans l’imaginaire collectif.


L’héritage moral de l’époque du national-socialisme a, en revanche, une portée universelle. Au travail de justice a succédé la recherche, le témoignage, puis l’éducation et la commémoration. Ce mouvement a été accompagné d'une appropriation culturelle par la littérature, le cinéma, la peinture, la musique et même les jeux vidéo. Autant de médias qui influencent le comportement des individus et établissent des références collectives.


Catharsis ou tourisme obscur ?


Considérer le Berlin d’aujourd’hui à l’aune de son passé hitlérien est le fait d'une minorité. De plus, les motivations sont diverses et souvent contradictoires.


Dans les années 2010, des personnes septuagénaires ont entamé des « pèlerinages introspectifs ». Venant de France, d’Italie, d’Israël ou d’ailleurs, elles marchaient sur les traces d’un parent déporté ou emprisonné pendant la guerre. Parfois accompagnées de leur famille, cette épreuve difficile a eu pour beaucoup un effet cathartique et a permis une forme de réconciliation. La mémoire était ici entretenue par les deux parties.


D'autres, en revanche, ne sont pas guidées par des sentiments personnels. Leur démarche suit généralement les codes du « tourisme obscur ». Ces personnes souhaitent être confrontées à une réflexion critique qui, loin du travail de commémoration, doit leur permettre de définir leur identité morale. Par conséquent, leur démarche privilégie les lieux emblématiques du crime.


Le « tourisme obscur » s'oppose au travail de mémoire, car la dimension éducative est négligée. Sa nature morale s'inscrit dans une logique de devoir de mémoire. Ce phénomène prend tout son sens à Berlin autour du mythe du bunker d’Hitler, le Führerbunker.

Panneau explicatif sur le bunker d'Adolf Hitler.

Désacraliser Hitler ?


Après la guerre, l'ancienne Chancellerie du Reich fut entièrement détruite par les autorités soviétiques. On souhaitait avant tout effacer de l'espace public un symbole du pouvoir hitlérien pour éviter qu'il ne devienne un lieu de rassemblement pour les nostalgiques du régime. Du bunker où Hitler a passé ses derniers jours, il ne reste plus aucune trace. À son ancien emplacement, on trouve désormais des immeubles résidentiels, une aire de jeux pour enfants, un parking. Il n'y a donc pratiquement rien à voir.


Pourtant, les participants aux circuits touristiques pédestres s'y bousculent quotidiennement, se prennent en photo, tentent de plonger dans le passé. Leur présence valorise le lieu, lui donnant une importance que l'histoire même lui a refusée. On pourrait aussi se poser des questions sur l'apposition d'une plaque informative rappelant l'événement et détaillant les plans du bunker. Cette mise en scène de l'absence invite à l'imaginaire, aux références culturelles habituelles (notamment le film La Chute d’Oliver Hirschbiegel) et à la surexploitation d'un fait historique qui, finalement, perd son authenticité pour devenir du divertissement.


À ce titre, un musée privé à Berlin a reconstitué le bureau d’Hitler et propose une visite. L'expérience est essentiellement récréative et s'inscrit dans le contexte général de banalisation. Les critiques de cette accusation rétorquent que la démystification et la désacralisation de la figure d'Hitler permettent de déconstruire plus facilement son mythe.

Le bunker d'Adolf Hitler n'existe plus.

La place de l'oubli


Au-delà de l'opposition entre les différentes approches de l'événement historique, le travail de mémoire offre une alternative : l'oubli. En effet, l'oubli est une seconde mort, et l'oubli est un choix. Berlin a le droit de renoncer à l'héritage hitlérien sans pour autant nier l'existence du fait historique. Autrement dit, cet héritage peut être oublié.


De nombreux mémoriaux rendent hommage aux victimes de l'hitlérisme. D'autres s'attaquent au problème inverse et traitent des bourreaux. La Topographie de la Terreur présente les deux aspects de manière très pédagogique. Berlin peut laisser à l'histoire le souvenir du lieu de la mort d'Adolf Hitler et n'a pas besoin d'en faire la publicité.


Pour aller plus loin

  • En 2007, le réalisateur suisse David Levy sort la comédie intitulée Mon Führer : la vraie véritable histoire d'Adolf Hitler. L'accueil est très mitigé.

  • En 2008, le Musée Madame Tussaud, l'équivalent berlinois du Musée Grévin à Paris, provoque l'émoi en présentant une statue en cire d'Adolf Hitler. La statue sera décapitée par un visiteur, 20 minutes après son inauguration.

  • En 2016, un musée privé propose une reconstitution du bunker d'Adolf Hitler.

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