• Dr Julien Drouart

Musée d'Histoire naturelle : les dinosaures régnaient sur la Terre

Dernière mise à jour : 8 janv.


Le musée d'histoire naturelle est un lieu où il fait bon s'y perdre.
Le musée offre des visuels extraordinaires.

Le Musée d'Histoire naturelle surprend par ses collections. Mais il n'est pas exempt de tout défaut. Bienvenue au pays des dinosaures et des espèces naturalisées.


Le Musée d'Histoire naturelle mérite votre attention.


L’époque moderne a apporté à la civilisation occidentale son lot de découvertes scientifiques entraînant des tentatives philosophiques de repenser l’homme. La révolution copernicienne reprend les théories héliocentriques. Un siècle plus tard, le Britannique William Harvey démontre la circulation du sang. Ce mouvement est porté par la connaissance cartographique d’un monde toujours plus accessible, également par une invention révolutionnaire : l’imprimerie.


Chaque avancée scientifique met à bas le mythe créationniste. Si l’apostasie n’est pas encore une option, les scientifiques repensent le rapport à Dieu. Ils ne considèrent plus l’homme comme le centre de son biosphère.


La botanique et la biologie s’intéressent aux autres organismes. Les résultats obtenus s'inscrivent dans une dynamique plus large, à savoir l’élaboration d’une histoire naturelle de la vie. En Europe, les sciences modernes poussent à l'identification des phénomènes naturels originaux.


Dès 1810, l’Université de Berlin se dote d’un centre de recherches regroupant diverses collections. La constitution d’un empire colonial en Afrique orientale offre aux scientifiques allemands un formidable débouché. Entre 1906 et 1911, les expéditions paléontologiques mettent à sac le site de Tendaguru dans l’actuelle Tanzanie. Près de 250 t de fossiles sont ramenées vers la métropole. Ces squelettes de dinosaures comptent parmi les plus complets et plus grands que le monde connaisse. Ils font désormais la notoriété du Musée d’Histoire naturelle de Berlin.


Un laboratoire naturel parfois fascinant


Aussitôt les portiques d’entrée passés, le visiteur se trouve confronté aux superlatifs et plongé plusieurs millions d’années dans le passé. Au centre d’un immense hall, le squelette reconstitué d’un Giraffatitan (de la famille des Brachiosaures) surplombe du haut de ses 13 mètres une étrange cour des miracles où six autres squelettes de Diplodocus, d’Allosaure et d’autres paraissent soudainement minuscules, en dépit d’une taille pourtant imposante.


La première impression est fantastique. L’espace est idéalement agencé, permettant un cheminement sans bousculade malgré la foule. Divers cheminements s’offrent ensuite au visiteur.


L’un d’entre eux mène au magnifique Tristan, un Tyrannosaure Rex reconstitué dans une mise en scène privilégiant mouvement et pénombre. D’autres salles encore sont consacrées à la géologie et aux minéraux, également aux météorites datant de plusieurs milliards d’années. On accède alors à une exposition sur la formation du système solaire et une zone de projection sur le plafond. Les informations sont multiples mais finalement peu exhaustives et trop peu développées.


Plus loin dans l’aile est du Musée d'Histoire naturelle, se trouve une extraordinaire collection humide. Des centaines de bocaux renferment ici les spécimens d'animaux conservés dans l'alcool. Un espace magnifiquement aménagé donne un visuel inquiétant de fœtus, de poissons. Ils sont les atouts culturels collectés à travers le monde par les aventuriers du monde d’avant.


L’ensemble est délicieusement dépassé et prend la forme d’un laboratoire des années 1930. A ce titre, cette sensation est renforcée par les expositions d’espèces naturalisées. Les animaux taxidermisés s’amoncellent alors dans un ensemble sans véritable fil conducteur. Cette improbable accumulation, justifiable pour la muséographie d’avant-guerre mais beaucoup moins au 21e siècle, se poursuit avec la reproduction type papier-carton de biotopes. L’excellente première impression laisse progressivement place à un étrange sentiment.


Une muséographie inégale et ambiguë


L’histoire de la Terre recoupe tellement de facteurs mais aussi d’approches qu’il est impensable de regrouper dans un seul et même espace l’ensemble des connaissances et des découvertes accumulées par les sociétés humaines depuis plusieurs siècles. Cependant, le musée ne peut échapper à la critique au sujet de sa muséographie dépassée, de son manque d’inspiration et de relief. En certains lieux, sa conception demanderait à être modernisée pour répondre aux standards actuels.


La question se poserait différemment si le choix esthétique avait été celui d’un regard rétrospectif. Non pas l'histoire naturelle en tant que telle, mais la façon dont elle est étudiée. Mais la tâche aurait été autrement plus ardue car les collections constituées sont déjà intrinsèquement d’un autre temps. A titre d’exemple, si elle est une pratique ancestrale et nécessaire pour la conservation d’une biodiversité menacée ou disparue, la taxidermie n’est plus appréciée de la même manière par le public.


Alors se pose la problématique des commissaires d’exposition. En effet, le Musée d’Histoire naturelle de Berlin se modernise progressivement, salle par salle, au gré des découvertes scientifiques imposant certaines rectifications (cf. le ré-assemblage du Giraffatitan entre 2005 et 2007), des soucis de conservation des collections (cf. le réaménagement des collections humides dans l’aile est du bâtiment en 2010) ou des impératifs économiques liés à l’industrie culturelle.


D’un point de vue strictement visuel, les réalisations effectuées sont époustouflantes. Mais elles misent davantage sur un rapport impressionniste avec le public néophyte. L’accent est ainsi mis sur la sensation visuelle et l’expression instantanée des effets de lumière. L’effet est saisissant mais soulève a contrario la question de la représentation des sciences naturelles en milieu muséal et celle de l’utilité ou non d’une approche sensationnaliste. Quoi qu’il en soit, le musée d'Histoire naturelle reste une merveilleuse option de découverte, notamment pour les enfants.


Atouts

  • Des effets visuels souvent renversants

  • Les squelettes de dinosaures

  • Un prix d’entrée démocratique

Limites

  • Des espaces inégalement mis en valeur

  • Le peu d’interactivité à destination du jeune public

  • Une signalisation intérieure bancale conduisant parfois à des culs-de-sac

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