• Dr Julien Drouart

Gail Halvorsen, au souvenir de Berlin-Ouest

Dernière mise à jour : 11 janv.

Véritable héros ordinaire, Gail Halvorsen a traversé les événements d'après-guerre en Allemagne en laissant un souvenir indélébile à Berlin-Ouest. Tout simplement humain. Nous parlons de la présence alliée face aux forces soviétiques. Accompagnez-moi lors d'une visite du Musée des Alliés !


Les débuts d'une carrière militaire


Originaire de l’Utah, le jeune Gail Halvorsen se découvre une passion pour l’aviation. Alors que la Seconde Guerre mondiale fait rage en Europe, il commence sa formation pour devenir pilote et s’engage comme volontaire dans les auxiliaires civils des forces aériennes. Au sein du Civil Air Patrol, il est affecté à des vols de repérage, au transport du courrier et plus encore à la formation continue des futurs pilotes. C’est une donnée importante car, une fois mobilisé sur les opérations dans le Pacifique, Halvorsen n’est pas affecté à une unité de chasseurs. Son implication relève davantage du logistique que du stratégique.


Le jeune homme au tempérament jovial n’a jamais eu à engager le combat ni à bombarder des objectifs militaires ou civils. Sa passion et surtout son rapport personnel à l’aviation restent donc inchangés. Poursuivant son engagement au sein des Forces aériennes, il est envoyé en Europe en juillet 1948 en sa qualité de pilote d’appareils gros-porteurs.


Le blocus de Berlin

Le pilote Halvorsen larguait des friandises aux enfants de Berlin-Ouest.
Halvorsen et ses petits parachutes.

Depuis quelques semaines, les Soviétiques ferment les axes de communication au sol entre Berlin-Ouest et la Trizone alliée. Ils contestent l’introduction exclusive du Deutsch Mark dans les secteurs américains, britanniques et français. Par conséquent, les accords de 1945 sur une administration commune sont rompus.


Berlin-Ouest et ses quelque deux millions d’habitants se trouvent isolés au cœur la zone d’occupation soviétique et ne peuvent compter que sur un mois de réserves alimentaires. Seuls les corridors aériens déterminés en novembre 1945 pour assurer la liaison des forces alliées avec leur zone d’occupation respective restent accessibles.


Sous la conduite américaine, débute la plus formidable logistique aérienne que l’histoire ait jamais connue : Opération « Victuailles ». Pour que l’opération soit couronnée de succès, les experts du camp allié misent sur un tonnage quotidien minimal de 4500 t de matières premières et de vivres dont le transport demandera la mobilisation totale de centaines d’appareils de ligne chaque jour sur une durée indéterminée. Plus de 280.000 vols seront effectués jusqu’à la levée du blocus en mai 1949.


Des bonbons pour initiative personnelle

Les enfants de Berlin-Ouest se pressaient aux abords de l'aéroport de Tempelhof pour recevoir des friandises.
Des enfants attendent les Rosinenbomber.

Gail Halvorsen sera l’un des premiers à assurer les liaisons aériennes entre Francfort et Berlin-Ouest. Une fois sur le tarmac de l’aéroport de Tempelhof, le jeune homme devenu officier patiente que son appareil soit déchargé avant de repartir sur son port de départ.


C’est alors qu’il remarque la présence de l’autre côté de la barrière de fils barbelés d’une petite troupe d’enfants berlinois venus observer le ballet incessant des avions dans le ciel. Engageant la conversation avec eux, Halvorsen est bouleversé par leur état de malnutrition et le fait qu’ils fument pour couper la faim. Il est vrai que la ville était encore en ruines et beaucoup de ces enfants avaient perdu des membres de leur famille pendant la guerre. Le ravitaillement faisait la part belle au charbon et aux aliments lyophilisés, généralement peu goûteux pour les plus jeunes.


Il promet de leur ramener des bonbons le lendemain : il les larguera de son avion à l’aide de petits parachutes pour ne blesser personne. Les enfants n’auront qu’à attendre son appareil qui se distinguera en remuant les ailes en phase de descente pour l’atterrissage.


Halvosen tient parole et poursuit le largage de friandises, entraînant avec dans l'aventure les hommes de son unité. Dans le même temps, le nombre d’enfants attendant ces fameux bonbons tombés du ciel devient de plus en plus grand. L’affaire est ébruitée et Gail Halvorsen est convoqué par son supérieur, le Lieutenant-General Tunner, en charge du bon fonctionnement du pont aérien.


Une opération rondement menée


Tunner est un homme pragmatique. Il réalise immédiatement les bienfaits d’une telle initiative auprès de l’opinion publique allemande qui, en partie, doutait encore de la légitimité américaine. En sus du plan initial, il met en place l’Opération « Petites Victuailles » sous la direction de Halvorsen lui-même. Jusqu’en mai 1949, plus de 23 tonnes de friandises et autres douceurs sont ainsi larguées par les pilotes de l’US Air Force.


Aux États-Unis, le phénomène prend plus d’ampleur encore. Les collectes de friandises sont relayées par la population. Des dizaines de classes d’écoles élémentaires de la côte Est du pays organisent des ateliers pour la confection des fameux parachutes, tandis que un bureau spécial se charge de gérer la correspondance de Gail Halvorsen, à son retour d’Allemagne en janvier 1949.


Un souvenir inoubliable pour les Berlinois

Gail Halvorsen a laissé un souvenir impérissable à Berlin.
Un sourire pour l'éternité.

Gail Halvorsen aura traversé les événements de son époque sans perdre son empathie et sa confiance inébranlable dans le genre humain.


Son initiative personnelle et désintéressée a eu une conséquence majeure dans l’évolution des rapports entre Américains et Allemands, car n’oublions pas que les avions qui larguaient des bonbons sur Berlin en 1948 étaient les mêmes qui lâchaient leurs bombes de destruction et de mort quelques années avant. Ces appareils étaient d’ailleurs appelés par les Allemands les « Rosinenbomber », littéralement les bombardiers de raisins secs.


Évidemment, l’initiative de Halvorsen a été utilisée à cet escient, pour assurer la position allemande dans le giron occidental contre le bloc soviétique. Bien entendu, l’histoire est un processus complexe où de multiples facteurs interagissent et on trouvera toujours matière à remettre en question le bien-fondé de telle action.


Mais au-delà des considérations trop pragmatiques et désenchantées, Halvorsen reste un héros ordinaire, un symbole de Berlin-Ouest et un merveilleux souvenir pour tous ces enfants qui attendaient avec espoir que l’avion qui battait des ailes largue ses friandises. Cela n'a pas de prix. Halvorsen est un personnage incontournable pour qui s'intéresse à Berlin(-Ouest). Aujourd’hui encore, la presse locale célèbre chaque année l’anniversaire de celui qui a désormais passé 100 ans.


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