• Dr Julien Drouart

Checkpoint Charlie : histoire d'une faillite collective

Dernière mise à jour : 7 janv.


Le Checkpoint Charlie est devenu un lieu touristique déplorable.
Ceci n'est pas une guérite

Le Checkpoint Charlie compte parmi les lieux emblématiques de la Guerre Froide. Aujourd'hui, il est malheureusement où authenticité et travail réflectif ont le moins de sens. Un véritable faillite collective.


Une visite du Checkpoint Charlie reste facultative.


La fin de la Seconde Guerre mondiale amène la division de l'Allemagne en différents secteurs d'occupation. A Berlin, Alliés et Soviétiques se partagent la ville. Progressivement, les antagonismes politiques s'affirment entre les vainqueurs. En revanche, des points de contrôle nommés Checkpoint permettent jusqu'en août 1961 une circulation plus ou moins aisée. Le début de la construction du mur bouleverse ce fragile équilibre. Désormais, les points de passage seront limités au strict minimum et chacun d'entre eux aura une utilité bien définie.


A la rencontre des secteurs américain et soviétique, le Checkpoint Charlie devient le lieu de passage obligé pour les diplomates et les unités militaires. A la suite d'une brimade des policiers est-allemands, les forces américaines déploient le 27 octobre 1961 plusieurs chars d'assaut sur la ligne de démarcation. En réaction, l'Armée rouge mobilise ses propres machines de guerre. L'apaisement intervient rapidement. Mais l'événement aurait pu aussi devenir l'élément déclencheur d'un nouveau conflit armé, localisé ou à échelle beaucoup plus grande.


La normalisation des années 1970 conduit au remplacement de la guérite par un conteneur. Cette manœuvre souligne malicieusement que la division allemande n'est que temporaire. En juin 1990, le préfabriqué d'usage dans les années 1980 est retiré. Très vite, une réplique de l'ancienne guérite des années 1960 est installée sur les lieux historiques.


Reconstitution et marchandisation


Au carrefour de la Friedrichstrasse, une guérite allègrement mise en scène attire le regard des centaines de visiteurs. L'endroit est assez photogénique. Les groupes de badauds s'immortalisent aux côtés des comédiens revêtus d'uniformes de l'armée américaine. Les clichés se font contre monnaie sonnante et trébuchante. Certains paieront cher l'obtention d'un coup de tampon sur leurs passeports. En retour, ils s’octroieront un droit de passage symbolique en RDA.


L'espace n'est pas sécurisé, les véhicules automobiles. Les autobus des compagnies touristiques frôlent les passants et les groupes scolaires. Autour, des vendeurs à la sauvette proposent les contrefaçons des casques de gardes-frontières. Afin de préserver leur territoire, ils seront amenés à parfois faire fuir les pickpockets, pourtant nombreux. Partout, des établissements privés offrent des expériences sensationnalistes promettant de revivre la RDA et le Mur de Berlin.


Quelques panneaux historiques informent le visiteur de l'importance du lieu au moment de la division. En dépit de leur qualité, leur localisation sur la voie publique rend leur intelligibilité difficile. On en oublierait presque la présence en hauteur d'un panneau montrant les portraits contraires de deux jeunes soldats. Un Américain depuis l'ouest et un Soviétique depuis l'est.


Un site historique sacrifié sur l'autel du tourisme


Rien ici ne saurait justifier une telle faillite culturelle et historique. L'ensemble s'avère extrêmement décevant mais aussi trompeur et réducteur. A ce titre, la présence de nombreuses entreprises commerciales n'est pas un hasard. Toutes veulent profiter de l'essor phénoménal du tourisme à Berlin. Par conséquent, la valorisation du patrimoine historique passe par une édulcoration. Au final, la plus-value pédagogique reste très faible.


On préférera visiter le Musée des Alliés où se situe l'authentique Checkpoint Charlie ou encore le très sobre Mémorial du Mur. L'offre historique ne manque pas à Berlin. Évidemment, il s'agit du choix de tout un chacun.


Il ne faut pas juger durement les visiteurs du Checkpoint Charlie. La plupart ne manquent pas de discernement ni d'intelligence. En revanche, il est bon de rappeler qu'une certaine industrie du tourisme entretient la confusion afin d'assurer une substantielle source de profit.


Atouts

  • Quelques idées de mises en scène intéressantes

  • Constater par soi-même les dérives de l'industrie touristique

Limites

  • Le repère des pickpockets et des marchands du Temple

  • Le lieu des pires offres touristiques de Berlin

  • Un symbole historique travesti et édulcoré

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