• Dr Julien Drouart

David Hasselhoff, la pop-culture et le Mur de Berlin

Dernière mise à jour : 8 janv.

Une étrange trajectoire que celle de David Hasselhoff : la pop-star traverse les événements de la chute du Mur de Berlin pour devenir une icône nationale.


Le modèle américain des années 1980

David Hasselhoff a un physique impressionnant.
Hasselhoff est charismatique.

David Hasselhoff est un acteur américain surtout connu dans l’univers des séries télévisées. Son physique charismatique et son charme viril font de lui un stéréotype du modèle américain des années 1980. Il est pour ainsi dire l’équivalent d’un Arnold Schwarzenegger à l’échelle du petit écran.


L'acteur profite surtout de l’aura incroyable que lui procurent certaines séries emblématiques qui appartiennent à la pop-culture, soit la culture populaire. Il incarne tantôt un médecin charmeur dans la série les Feux de l’Amour, un pilote aventurier dans K 2000, un maître-nageur bodybuildé dans Alerte à Malibu. Ces rôles lui apportent une renommée internationale et une fortune conséquente. Au demeurant, il n’est qu’un acteur de séries B. Son jeu semble alors bien loin des standards classiques du théâtre ou du cinéma.


L'homme qui rêvait de chansons

David Hasselhoff est autant acteur que chanteur et compositeur.
Hasselhoff est un artiste aux multiples facettes.

David Hasselhoff n’est certainement pas un parvenu, ni un opportuniste qui aurait simplement construit sa carrière sur son physique impressionnant. Il est un véritable artiste qui s’est formé pour le devenir. Il a étudié le théâtre à la prestigieuse Université d’Arts de Californie dont il est sorti diplômé. C’est également une véritable vocation qui l’habite. Depuis sa plus jeune enfance, il rêve des comédies musicales de Broadway, espérant même s’y produire un jour.


Ses rôles à la télévision lui apportent la sécurité financière, la stabilité et les moqueries de certaines élites culturelles. Hasselhoff nourrit pourtant des ambitions artistiques autres, notamment celle de devenir chanteur. Fort de la popularité acquise grâce à la série K 2000, il produit deux premiers albums en 1985 et 1987. Son style pop-rock s’inscrit sans originalité dans les canons de l’époque. Le succès est au rendez-vous mais il est davantage lié à sa personne qu’à la qualité intrinsèque de sa musique. En juin 1989, Hasselhoff produit un troisième album intitulé Looking for Freedom. Cinq mois plus tard, le Mur de Berlin s’ouvrait. Hasselhoff devait profiter astucieusement de l’événement pour entrer dans la légende.


Bientôt la chute du Mur


En mai 1989, les frontières s’ouvrent entre l’Autriche et la Hongrie, créant une brèche dans le rideau de fer qui sépare Ouest et Est. A partir septembre, le mouvement de fuite prend de l’ampleur. Des dizaines de milliers de réfugiés est-allemands profitent de l’opportunité.


En RDA, la situation intérieure est catastrophique. L’opposition mobilise contre le pouvoir et remet en question les fondements mêmes du régime. Au contraire de 1953, la RDA ne peut plus compter sur l’appui inconditionnel de son allié soviétique. En effet, l'URSS est également en proie à de graves difficultés sur son territoire. Esseulé, le pouvoir est-allemand annonce maladroitement la possibilité de voyager librement à l’Ouest. Il entraîne ainsi l’ouverture des frontières et la chute du Mur de Berlin.


Au cœur des événements historiques


A cette même période, en Allemagne de l’Ouest, Hasselhoff fait pour la promotion de son troisième album. Très intelligemment, il parle moins de musique que de symbole. Les formules sont convenues mais les thèmes sont fédérateurs. Les ventes de son album explosent, le succès n’est pas critique mais populaire. Son titre A la Recherche de la Liberté devient l’hymne de l’événement historique que traversent les Berlinois.


La consécration et l’apothéose interviennent lors du concert-monstre de la Saint-Sylvestre devant la Porte de Brandebourg. Hasselhoff s'y produit devant près d’un demi-million de personne. L’enthousiasme est réel, autant pour la foule que pour Hasselhoff lui-même. Ce dernier restera très longtemps convaincu d’avoir été l’un des moteurs de l’histoire. Selon lui, il aurait été l’un des éléments qui ont amené à la chute du Mur.


Cet épisode devait le marquer pour le reste de sa vie. Il fut d'ailleurs l’une des rares personnalités d’importance à avoir pris la défense d’un des derniers vestiges du Mur, l’East Side Gallery, un temps menacé par des projets immobiliers.


L'histoire est sélective

David Hasselhoff est un pur produit de la pop-culture.
Hasselhoff aime les gens.

La trajectoire de David Hasselhoff est à mettre en parallèle avec celle du violoncelliste Mstilav Rostropovitch. L’histoire et le récit national sublimé ont retenu principalement le second jouant au pied du Mur en novembre 1989 ; le premier étant régulièrement raillé pour sa prétendue vulgarité ou une supposée limite intellectuelle.


Rostropovitch représente l’exilé soviétique, les élites culturelles et des codes plus respectables qu’un Hasselhoff, star américaine de séries B et chanteur lambda sans originalité et prétendument sans talent. On pourra arguer que l’énergie déployée par Hasselhoff servait surtout à la promotion de son album qui, en Allemagne, s’est vendu à l’époque par centaines de milliers d’exemplaires. Certains noteront que jamais la politique ne fut un thème même mineur de ses chansons.


Néanmoins, une chose est certaine : Hasselhoff aime les gens. Rêves de gloire peut-être, mais une gloire partagée avec les gens ordinaires et simples, les gens du quotidien. Un tel personnage ne pouvait qu’inspirer le dédain des élites culturelles et académiques. Il en ressort le rejet de la culture populaire par ces dernières. Le principal intéressé peut regretter à raison qu’on ne trouve aucune photo de lui dans les musées berlinois évoquant la chute du Mur et la Révolution pacifique.


Au même titre que Rostropovitch, Hasselhoff s’est inscrit dans la mémoire collective berlinoise. A son échelle, à son niveau et avec les formes artistiques qui étaient les siennes, il a participé à l'effervescence d'alors. Cette effervescence était avant tout populaire. Il appartient donc à cette légende, quels que soient les préjugés des uns et des autres. Aujourd’hui, des groupes d’influence mobilisent dans la capitale allemande pour l’ouverture d’un espace muséal lui rendant hommage et pour qu’une rue porte son nom.

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