• Dr Julien Drouart

Musée Otto Weidt : une histoire locale de la Shoah

Dernière mise à jour : 23 juil.


La qualité d'un musée ne tient pas à son exhaustivité.

Le Musée de l'atelier Otto Weidt se situe dans une cour intérieure du complexe Haus Schwarzenberg dans l'ancien quartier Juif du Scheunenviertel. En dépit d'un minuscule espace muséal, il parvient à poser des visages sur la Shoah avec beaucoup de sensibilité. Accompagnez-moi lors d'une visite guidée du musée !

Le Musée Otto Weidt est un coup de cœur personnel.

A la suite à la déportation des Juifs de Berlin depuis 1941 et de l'Aktion Fabrik au début 1943, seuls quelques milliers de Berlinois de culture et/ou de confession juive vivent encore dans la capitale du 3e Reich. La plupart sont employés dans les usines essentielles à l'effort de guerre. Une nécessité économique dictée par la guerre mais qui ne protégeait pas des rafles éventuelles.


L'industriel Otto Weidt dirige une entreprise de fabrication de brosses. Ces équipements étaient indispensables pour le maintien de la propreté des baraquements notamment militaires. Par conséquent, les ateliers furent supervisés par le régime national-socialiste. Le personnel était en grande partie composé de mal-voyants et mal-entendants, plus aptes à manipuler les écrins des brosses grâce à leur toucher. La plupart étaient Juifs.


Pendant la guerre, Otto Weidt tentera de préserver la vie de ses collaborateurs Juifs. Il interdira officieusement le port de l'étoile jaune au travail et, avec l'aide d'amis dans le secret, fera fabriquer des faux-papiers, germanisant l'identité des uns et des autres. Il fera tout son possible pour sauver le grand amour de sa vie, Alice Licht. Il sera honoré du titre de Juste parmi les Nations bien après sa mort. Aujourd'hui, un musée rend hommage à son action désintéressée et aux membres de son personnel.

Une approche biographique et humaine de la Shoah

L'exposition permanente du Musée Otto Weidt se tient sur cinq pièces dans les lieux d'origine. Quelques rares objets sont présentés sous vitrine et dans la pièce principale. Si certains documents frappés du sceau national-socialiste rappellent les événements d'alors, la plupart des éléments exposés s'attachent à donner un visage à chacun des protagonistes. Le facteur biographique se trouve valorisé à l'aide de photographies, de cartes postales et d'une riche correspondance. Les images présentées montrent des expériences personnelles, des sourires et des scènes banales de la vie ordinaire. Celles montrant la violence et les crimes de l'époque n'apparaissent pas. Le lieu n'est pas traumatique. Sans aucun voyeurisme, il cherche la catharsis.


La muséographie adopte un concept pertinent, celui d'une succession discrète de salles thématiques. A l'accueil, on contextualise les événements dans le temps et l'espace. L'approche reste locale et les explications n'entendent pas développer en détail sur les réalités de la Shoah. Puis, la pièce principale présente les protagonistes et leur activité dans les ateliers. Un petit module consacré aux collaborateurs non-Juifs d'Otto Weidt est présenté dans ce qui ressemble fort à un couloir. Enfin, les deux dernières salles évoquent le destin d'une part de ceux qui ont survécu, d'autre part de ceux qui ont péri. Une petite mise en scène clôture le cheminement.

Le Musée Otto Weidt est une grande réussite pour qui en a les clefs

L'exposition souffre de l'absence d'un véritable fil conducteur. La narration n'étant pas chronologique, une visite ne peut être linéaire et des aller-retours entre les différentes salles sont nécessaires pour la compréhension. On regrette alors une muséographie bancale et souvent inaccessible. Cette lacune peut être en partie comblée grâce aux audioguides. En raison de la centralité de l'élément biographique, la meilleure façon de visiter le musée reste encore de faire appel à un guide-conférencier.


La surface réduite du musée interdit le surnombre et la cohue, garantissant ainsi la tranquillité des visiteurs. Il règne un sentiment d'intimité presque solennelle. En dépit de la gravité du sujet, l'atmosphère n'est pas oppressante en raison des jolies teintes pastelles qui recouvrent les murs. Si le visuel s'avère au final assez pauvre, l'expérience s'apprécie avec une certaine légèreté. En effet, l'histoire que conte le musée est une ode à la vie. C'est la raison pour laquelle la visite est parfaitement adaptée aux plus jeunes.


Bien qu'il soit au milieu d'un ensemble festif avec graffitis, cinéma et bar, le Musée Otto Weidt fait preuve d'une incroyable discrétion pour mieux s'intégrer dans la vie quotidienne. Les espaces sont bien délimités et ne se superposent pas. Ce faisant, chacun peut faire le choix de la mémoire sans s'y sentir contraint au nom d'une quelconque obligation morale. Dans un même ordre d'idées, le Mémorial de la bibliothèque engloutie suit une approche similaire, où la mémoire ne s'impose pas aux contemporains.

Atouts

  • La centralité de l'élément biographique

  • Un vide esthétiquement très réussi

  • Le personnel d'accueil compétent et attentionné

  • La possibilité d'une fin heureuse et positive

  • La parfaite intégration du musée dans un espace récréatif

  • Des explications disponibles en braille

Limites

  • Des segments thématiques mal établis

  • Difficile d'accès si non accompagné

  • Très peu de choses à voir


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